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L'Aphrodite Ourania représente l'Amour idéal et pur : c'est l'attraction cosmique qui meut l'Univers et la gravitation qui pousse les âmes vers Dieu. Platon a développé ce thème et, après lui, Plotin. L'Aphrodite Pandemos, celle du peuple et de l'amour terrestre, est liée aux passions et aux instincts. Dans chaque région, pratiquement, elle acquiert, en plus des siennes, quelque caractéristique propre au lieu. Surgissent ainsi d'autres Aphrodites : Anadiomène, patronne des marins et navigateurs, Pélagie, Euploia, Erycine, etc.
Aphrodite porte en elle-même tous les attributs de la féminité et de la femme parfaite : amour, beauté, fécondité, union, vie. Elle protège tous les types d'amour, l'amour caché, mais également légal et matrimonial. Parmi ses symboles, les plus importants semblent être : la pomme, les roses (on dit qu'au début elles étaient blanches mais qu'elles se changèrent en roses rouges au contact du sang d'Adonis blessé par un sanglier), le merle, les colombes blanches, les colibris, les cygnes, la tortue, les coquillages marins et le dauphin. C'est par la légende de ses amours avec le berger Adonis que se trouve expliqué son règne sur les saisons : Adonis meurt chaque automne et demeure alors dans l'Hadès comme Perséphone, pour renaître chaque printemps et revenir à Aphrodite.
En tant que déesse de l'Amour, Aphrodite apparaît toujours jeune et belle, inspirant l'éternité aux amants ; puisqu'aussi bien l'homme a besoin d'un support qui, une fois sublimé, lui permet de s'approcher et de s'unir lui-même avec l'Aphrodite éternelle.
Ses plus anciennes représentations la montrent totalement vêtue. A partir du Ve siècle avant Jésus-Christ, on commence à dévoiler certaines parties de son corps, les épaules, un sein, une jambe... A l'époque hellène, aux IV-IIIe siècles av J.-C., elle apparaît complètement nue. Citons, parmi les représentations les plus célèbres de la période classique grecque, l'Aphrodite de Cnide (en Asie Mineure), œuvre de Praxitèle, et la Vénus de Milo (île des Cyclades, du sculpteur Scopas. Apelle, le peintre grec le plus célèbre de l'Antiquité, a peint, au IVe siècle avant J.-C., Aphrodite-Anadiomène surgissant de la mer. En Anatolie (autrefois l'Asie Mineure), terre des dieux par excellence, la déesse de l'Amour s'appelait Ishtar-Inanna. Son culte eut une grande importance dans la ville d'Aphrodisias mais également à Troie, à Cnide et à Ephèse.
Cnide, situé sur la côte ionique, fut sans doute un des centres de pélerinage et de vénération de son époque. Le temple d'Aphrodite y abrite la célèbre statue de la déesse sculptée par Praxitèle. Des embarcations venaient alors des terres lointaines pour admirer et adorer la déesse.
Dans la ville d'Ephèse, le temple d'Artémis était classé parmi les sept merveilles du monde classique. Aphrodite y était également populaire, sous l'aspect de Pandemos ou d'Hétaïre ; sa statue la montre dénudée et ses prêtresses étaient des courtisanes professionnelles.
Aphrodisias, ville d'Aphrodite
La ville d'Aphrodisias est située à deux cent trente kilomètres au sud-est de Esmima et des côtes de la Mer Egée, dans l'antique région de Carie, entre la Phrygie et la Lydie. Dans la Turquie moderne, elle est située dans la province de Aydin, district de Karacasu. Ses restes archéologiques datent du néolithique tardif, en 4500 av. J.-C., approximativement.
Au IIe siècle av. J-C, époque à laquelle Rome dominait l'Asie, Aphrodisias était un sanctuaire sacré possédant des territoires propres. L'importance de ce sanctuaire est souligné par l'historien Apianus, au IIe siècle av. J.-C. Plus tard, Jules César offrit à la déesse une statue d'Eros, en or, et émit des décrets lui concédant de nombreux privilèges ; cette préférence s'est maintenue au temps des empereurs Auguste, Tibère, Trajan, etc.
Centre administratif d'une province, formée au temps de Dioclétien, qui unit la Carie et la Phrygie, la ville, à cette époque, jouissait d'une grande popularité. Importante comme sanctuaire sacré, elle se distinguait également par son atelier de sculpture. Là se sont établis des philosophes et des écrivains ; signalons parmi eux l'Aphrodisien Xénocrate, ami et disciple de Platon, qui écrivit au premier siècle av. J.-C des traités de médecine ; le romancier Chariton; le néo-platonicien d'Alexandrie, Asclépiodote, qui s'y fixa au Ve siècle après J.-C.
Le fanatisme religieux, venu de Byzance, tenta d'effacer le culte d'Aphrodite et la culture "païenne", pour imposer le christianisme, nouvelle religion "officielle". Le nom d'Aphrodite fut effacé des marbres afin qu'il n'en reste plus trace. Cependant, son culte se maintint grâce à son enracinement populaire. La ville, rebaptisée Stravopolis (ville de la Croix), entra alors dans son déclin, aggravé par les séismes qui eurent lieu dans la région. Elle tomba pratiquement dans l'oubli à dater du VIIe siècle après Jésus-Christ.
Le temple d'Aphrodite est situé dans la zone Nord de la ville. Actuellement seules quatorze colonnes, magnifique exemple de l'art ionien, restent debout. La basilique chrétienne, construite au Ve siècle sur le même emplacement, en a détruit les traces.
La statue de culte d'Aphrodite, aujourd'hui au musée de la ville, fut découverte en 1962, dans un des côtés du temple. Mesurant deux mètres trente-huit, elle est de marbre blanc, comme toute la ville, probablement en relation avec l'écume blanche de la mer. Une grande robe la couvre jusqu'aux pieds et sa tête, dont le visage a été endommagé à l'époque byzantine, est également recouverte d'un grand voile. Il s'agit d'une statue de type archaïque, représentant plutôt l'Aphrodite Ourania (l'Aphrodite céleste).
La statue présente cinq registres de reliefs sculptés. Sur le premier, en allant de haut en bas, un pectoral avec la lune au premier quartier, en position inversée. La lune, symbole fondamentalement féminin en son quartier croissant, se retrouve dans pratiquement toutes les cultures ; elle a un rôle de porteuse et de médiatrice entre le ciel et la terre, ainsi que de matrice fécondant toutes choses.
Dans le second registre, sont représentées les Trois Grâces, accompagnées par la déesse, de chaque côté de Zeus et de Héra. Les Trois Grâces, selon la tradition mythique, sont filles du Soleil-Hélios et de l'Aigle-Æglé (une des Hespérides) et sont : Aglaé, "la brillante", Thalie, "celle qui fait fleurir", et Euphrosyne, "celle qui réjouit le cœur" ; elles recherchent toutes trois les bienfaits du Soleil. On les représente toujours jeunes et réunies en cercle, pour indiquer que la Beauté est éternelle et rapproche les hommes. Aphrodite réunit les qualités du Bon et du Beau qui réjouissent le cœur des êtres humains. Ces reliefs sont aussi en relation avec la légende selon laquelle le jeune Pâris accorda la préférence sur Héra et Athéna comme étant la plus belle, et lui donna la Pomme d'Or.
Le troisième registre nous montre, séparés par une colonne, Hélios (le Soleil) et Séléné (la Lune), avec leurs attributs symboliques respectifs. Ainsi réunis, ces dieux frères se complètent et nous indiquent l'alternance des cycles de la Nature. Hélios, dont l'origine est également asiatique, rappelle le Samash mésopotamien dont la fonction est d'éclairer et de faire surgir la vie, d'être juge aussi, puisqu'il est "l'œil qui voit tout". Séléné éclaire comme Hélios, mais dans l'obscurité, de son argent fulgurant. Son aspect de fécondité est en relation avec Aphrodite, éternelle inspiratrice de l'Amour, chantée sans fin par les poètes, et qui pousse vers l'union. L'aspect d'harmonie qui existe dans la Beauté est en relation avec Aphrodite.
Dans le quatrième registre, nous trouvons des scènes marines. Aphrodite apparaît en compagnie de dauphins, de tritons et de néréides, ce qui nous rappelle son lien avec la mer depuis sa naissance mythique. Cronos, aidé par sa mère Gaïa (la Terre), coupe avec une faucille les organes sexuels de son père Ouranos (le Firmament) et les jette à la mer ; de leur contact avec les eaux surgit "l'écume blanche" d'où naquit Aphrodite, dont le nom vient précisément du mot aphoros, écume. Le dauphin, souvent associé à Aphrodite, est fréquemment représenté à Aphrodisias, surtout dans les événements du théâtre. Les eaux, élément traditionnellement lié à la Lune, sont données également comme origine de la vie (les Eaux primordiales et célestes).
Dans le cinquième et dernier registre prennent place des images d'Eros ailés. Deux d'entre eux font une offrande avec des torches, sur l'autel et le troisième, à part, tient la sienne dirigée vers le bas. Eros est le fils de l'Abondance (Poros) et de la Pénurie (Pénia), et naît en même temps qu'Aphrodite, étant toujours uni à la Beauté. La pénurie héritée de sa mère le fait devenir chercheur, philosophe, aspirant à la Sagesse. Hésiode le fait figurer "au commencement", joint au Chaos ; ainsi, Eros serait la force créatrice universelle qui relie tout, et ce caractère équilibrant et harmonisateur à tous les niveaux est sa principale caractéristique. Le Feu que portent les trois Eros symbolise la Lumière de l'Amour céleste.
L'homme a besoin d'objets pour capter la Beauté : l'art essaie de la refléter en la saisissant dans ses œuvres. Pour conclure ce bref parcours sur Aphrodite, nous vous recommandons de visiter la ville d'Aphrodisias et là, éblouis par l'éclat de ses marbres blancs, d'essayer de parvenir à l'Archétype du Beau, dans une étreinte avec la Déesse de l'Amour, Aphrodite.
d'après Antonio ROMERO
Directeur de Nouvelle Acropole en Turquie
(traduit de l'espagnol)
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